PNH : Une seule institution, mais deux dates d’anniversaire et trois syndicats pour sa défense

La Police Nationale d’Haïti est en crise, sauf qu’il semble que le mal qui la ronge sévèrement aujourd’hui remonte dès sa genèse. En effet, depuis quelques semaines, les plus curieux des citoyens ont eu l’étrange plaisir d’admirer deux catégories de banderoles qui, souhaitant chacune bon anniversaire à la PNH, décorent certaines rues à Port-au-Prince. L’une avec le rappel de la date du 4 juin 1995, et l’autre avec celui du 12 juin 1995. Qu’est-ce qui pourrait bien expliquer une pareille dualité ? En dehors de la confusion prêtée par des lois et des décrets, le malaise tire aussi sa source à travers une question de syndicat qui plus que jamais divise l’institution pour laquelle du sang aurait été versé quand il s’agissait de la rendre opérationnelle. Référence faite à l’assassinat de Guy Malary qui s’acharnait, rapporte-t-on , à enlever la fonction de police aux FAd’H. Donc, rendre opérationnelle et non de créer puisque dès 1987 l’agora aussi, prenant appui sur l’article 263 de la Constitution, s’enflammait déjà pour une séparation réelle entre l’armée et la police.

De la structure dite police intérimaire pour aboutir à la PNH, la date du 12 juin qui rappelle le déploiement de la première classe de policiers formés n’a jamais été l’objet d’une contestation sinon qu’à l’heure actuelle marquée par un contexte où trois entités revendiquent le privilège de la défense des droits des policiers. Deux syndicats (SPNH-17 et ANAPOHA) et un groupe de pression qui se fait appelé Fantôme 509. Fantôme disent-ils en hommage à des agents décédés dans l’accomplissement de leur mission. Un troisième syndicat qui sera tenu par des officiers au grade de Commissaires, est en phase de prendre naissance. Ce qui fera quatre voix, ou plutôt quatre voies, pour crier non pas en chœur joyeux 25 ans à l’une des institutions publique qui de par son parcours tantôt tumultueux et tantôt exemplaire s’affiche, aussi vrai que bizarrement, comme un monument. Des gens qui en 1995 gagnaient les rue pour chanter à cœur de joie «kraze lame an banm polis lan » ont comme sûrement l’impression d’assister à une sorte de Karma. L’armée, n’est-ce que de manière qui laisse à désirer, se renaît de ses cendres ; et la police à l’instar d’un corps souffrant du lupus enchaine déboires sur déboires et accélère sa descente aux enfers. Tellement de belles têtes et de bras courageux, pourtant, au sein de cette dernière… ; des potentiels comme il n’y en avait peut-être pas dans les rangs des FAd’H durant la période 88-89 .

En 2013, année consacrant les 18 ans de la PNH, le groupe de réflexion dit Réseau 3 Intelligence (R.3.I), à l’époque une association estudiantine, qui voulait immortaliser l’occasion par l’organisation d’un match de Football « Policiers versus Etudiants » avait déjà soulevé cette affaire de date d’anniversaire qui aujourd’hui se présente comme un caillou dans la chaussure. Le match n’ayant pas eu lieu, le R.3.I en vue de répondre à un problème urgent de suppléance avait dû proposer l’équipe de l’Université Quisqueya pour participer à un Tournoi de Basket qui en prélude du 12 juin se déroulait sur le terrain situé dans les locaux du SWAT. Toutes les unités à ce moment ne se faisaient pas représenter. A peine quatre équipes et une trentaine de supporteurs. Etait-ce déjà un des signes avant-coureurs de la situation ? Ce qui est sûr, c’est que certains policiers n’aimaient pas trop l’attitude, pour eux, trop arrogante de l’organisateur du tournoi, un certain coach Jackson. Désaccords profonds, haines gratuites, incompatibilité de caractères, incompréhension de l’autre, méfiance injustifiée, jalousie et envie seraient donc aussi depuis longtemps des invités de la partie. Une façon de dire que le sentiment d’appartenance est là, mais que ça n’a pas toujours dit grand-chose de fêter ensemble ; surtout quand la date retenues par les uns n’est pas celle nourrie par les autres. Et celle du 4 juin 1995 tire bien sa justification du fait qu’il y avait eu lieu au Palais National une cérémonie à l’honneur surtout des gradués de l’Ecole de la Gendarmerie Royale du Canada (Regina). Évènement similaire à celui où le président Martelly avait reçu le 4 septembre 2013 onze officier et trente soldats des FAd’H formés respectivement à ESMIL et à ESFORSE en Equateur.

S’il devient à présent important de débattre sur la vraie date à retenir pour fêter l’anniversaire de la PNH, ne seraient-ils pas aussi les bienvenus dans le calendrier : i) l’arrêté du 7 décembre 1995 portant la dissolution de la Force de Police intérimaire et consacrant l’existence d’une seule Force de Police Nationale sur tout le territoire de la République (Force de police intérimaire qui selon certains aurait été totalement inactive qu’en 1999) ; ii) la loi du 9 mars 1995 créant l’Académie et l’Ecole de Police ; iii) le décret du 6 janvier 1995 restructurant l’armée et la police ; iv) et par-dessus tout la loi du 23 novembre 1994 portant création et organisation de fonctionnement d’une force de police civile dénommée la Police Nationale d’Haïti, mais publiée le 28 décembre 1994 ? Les arguments promettent d’être vertigineux rien qu’en jetant un simple regard.

Et pendant qu’on y est sur la table, n’est-ce pas qu’il existe une version de l’histoire qui retient le nom de Léon Jeune comme premier responsable de la PNH, et non celui d’Adrien Rameau nommé Directeur général le 25 mai 1995. Est-ce à cause qu’il occupait le poste par intérim? Si tel se veut être le cas, important de rappeler quel Jodel Lessage, premier commandant en chef des FAd’H reformées, remplit également sa mission par intérim. Un intérimaire qui ne dit pas encore son vrai nom. Des deux côtés, le débat devrait continuer son chemin afin de désactiver tout un tas de bombes à retardement. Il n’en manque pas des démineurs.

Ricardo GERMAIN
Cadre de la Fonction Publique
Coordonnateur du Réseau 3 Intelligence (R.3.I)

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