OPINION – Aucune démission depuis l’exécution de Jovenel Moïse, leur faudra-t-il un vaccin contre la honte ?

(TripFoumi Enfo) – Dans le déroulement normal des choses, la meilleure décision qu’aurait prise une autorité après le constat flagrant de son incapacité à remplir les tâches qui lui ont été confiées, n’est autre que la démission. Mais à juste titre, les autorités haïtiennes semblent ne pas maîtriser cette culture. À l’instar de la covid-19, il semblerait qu’il leur faudra aussi un vaccin contre la honte, ce sentiment contre lequel elles semblent être totalement immunisées.

Andrew Cuomo, gouverneur de l’État de New-York, a remis sa démission le mardi 10 août après avoir été accusé d’harcèlement sexuel sur au moins dix (10) femmes. Ce, pour faciliter la justice américaine à mieux mener les enquêtes relatives à son dossier. La morale politique exige. Il a été l’un des plus puissants gouverneurs des États-Unis et avait déjà passé au moins dix (10) ans comme gouverneur à la tête de l’État de New-York. Le mandat de l’homme de 63 ans allait arriver à terme à la fin de l’année 2022.

Chez nous c’est tout le contraire qui prime. C’est une règle générale en Haïti que l’on devienne fonctionnaire de l’État, député, sénateur, ministre parfois président de la République, même si on a le passé douteux. Ce fut le cas de Jovenel Moïse devenu 58e président d’Haïti alors que la Cour des Comptes l’avait épinglé dans la dilapidation du fonds PetroCaribe. Mais cela ne l’avait pas empêché de briguer le poste de président et y rester jusqu’au 7 juillet 2021, date où il a été exécuté dans sa résidence privée à Pèlerin 5.

Pareil cas pour Claude Joseph qui n’avait pas voulu tourner le talon après l’assassinat de Jovenel Moïse, alors qu’il a été révoqué et remplacé par l’arrêté présidentiel qui avait nommé Ariel Henry à son poste. Étant le premier des policiers, dans le langage de Joseph Jouthe, Claude Joseph n’aurait jamais dû attendre qu’on le contraigne à remettre sa démission après avoir failli à sa mission en tant que chef du Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN).

En plus de cela, selon les révélations des journalistes de Noticias Caracol, l’un des plus grands médias colombiens, on a découvert que Claude Joseph, premier ministre intérimaire d’alors, avait ses mains trempées dans le sang de Jovenel Moïse. Selon les enquêtes entreprises par le journal, l’acte a été planifié depuis Miami (Floride) en novembre 2020, où Claude Joseph avait prévu de conquérir le fauteuil présidentiel une fois que Jovenel Moïse n’est plus. Ce qui sous-entendrait que l’ancien étudiant de l’INAGHEI était l’un des auteurs intellectuels du crime.

Le lendemain, sous le seing privé de Léon Charles, directeur général a.i de la PNH, une note de presse a été paraphée et publiée sur la page Facebook de l’institution policière, où les révélations de Noticias Caracol ont été rejetées d’un revers de main sans aucune preuve du contraire. Comme quoi Claude Joseph ne serait pas impliqué dans l’acte crapuleux qui a coûté la vie au président de facto. Malgré tout cela, aujourd’hui encore, ne serait-ce que par la contrainte de plusieurs secteurs vifs de la nation et de la communauté internationale, Claude Joseph serait toujours à la tête de la Primature dans son costume de Premier Ministre.

Outre le docteur Claude Joseph, Léon Charles, directeur a.i de l’institution dont la devise est de protéger et servir, reste encore à son poste privilégié, alors qu’il n’a pas pu matérialiser la mission phare de la PNH qui est de garantir la sécurité des vies et des biens se trouvant sur le territoire national. Les massacres, les cas de vols à main armée, la situation chaotique à Martissant, Croix-des-Bouquets, Cité Soleil, Fontamara, Delmas 2… l’assassinat de ces innombrables citoyens dont celui de Jovenel Moïse, pour ne ne citer que ceux-là, ne sont que des exemples parmi tant d’autres.

Alors, pendant que le ministre de l’intérieur, le secrétaire d’État à la sécurité publique, le ministre de la justice, le commandant en chef de la PNH, le Premier Ministre… continuent à rouler en voitures blindées, à payer la scolarité de leurs enfants dans des écoles et universités étrangères, à dormir dans des chambres climatisées, à déguster des plats de paons avec les taxes fournies par les contribuables haïtiens, la machine à broyer des vies continue à sillonner en toute quiétude dans nos parages. Personne n’est épargné, hormis les bébés encore dans l’abdomen de leurs mères.

C’est certain : l’Haïti de demain sera possible une fois que nos autorités se font vacciner contre la honte.

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