Martissant, au rythme des projectiles

Vendredi 12 juin 2020 ((rezonodwes.com))– Martissant, un quartier populaire se trouvant au Sud de Port-au-Prince est depuis des mois, voire des années, comme un État parallèle à l’État tyrannique proprement légal et reconnu.

La communauté́ est délaissée et entravée dans une guerre que je ne peux nommer tellement la réalité́ me paraît complexe. Cependant, je ne doute pas que beaucoup d’entre vous diront peut- être que c’est une guerre de gang sur influence politique.

Tout ce que je sais, c’est que celle-ci est devenue pour cette population une musique désagréable qui ne se mesure pas en décibel mais en déciballe, tellement forte, tellement puissante, que cela pousse une partie des habitants à fuir le quartier par dizaines pour aller s’installer ailleurs car, elle n’en peut plus de bouger, de pivoter à chaque instant.

Ce n’est pas une vie. Je dirais, que c’est un semblant de « tout va bien » à travers lequel on tente d’assurer des proches à chaque instant. Et pourtant, les DJs sont toujours bel et bien au rendez-vous, on dirait qu’ils n’ont jamais de problèmes de logistique.

Dans ce quartier très peuplé, le compas, l’afro, le rap ou même le rabòday ne peuvent faire de l’ombre au ratratataw pow pow, ce rythme très en vogue, très à la mode pour les gens de Martissant. Un rythme, sur lequel, le « tounen an won » est le seul pas qu’on peut exécuter, soit pour trouver le dessous d’un meuble quelconque, soit derrière un mur avec une assurance « inassuréee » qu’on est à l’abri pour un petit moment.

Il est aussi quasi impossible de se réveiller en pleine nuit et au petit matin sans entendre le même son, sans ressentir les mêmes angoisses, sans se poser la même question : Vont-ils encore faire chanter leurs armes ? Une situation qui ne cesse de terrifier une population dont le projectile mortel faisant paniquer toutes les âmes n’est jamais très loin.

Toujours les mêmes disques, la même danse apeurée. Alors, ne pensez pas que sur ce rythme infernal, on a l’oreille assez attentive pour pouvoir écouter les moteurs des voitures en marche, le bégaiement des oiseaux voire même le souffle du vent tant on est secoué par l’inquiétude.

Comment crier si personne ne veut nous écouter ? La vie de cette population exaspérée ne vaut même pas un container de marchandises, ou une voiture, donc les maestros peuvent jouer en toute quiétude leur partition, personne ne viendra leur critiquer. La vie de ceux qui habitent les quartiers populaires ne comptent pas sauf quand des politiciens, des hauts fonctionnaires de l’État et certains médias veulent faire leur show d’êtres humains sensibles derrière leur masque d’assassin.

Les mêmes sponsors et le même staff qui financent et organisent ce « live quotidien » à Martissant sont les mêmes qui jouent dans la presse aux bons sauveurs. Or les musiciens qui font danser la population dans la peur disent souvent d’où proviennent leurs instruments. Drôle d’incohérence entre sponsors et musiciens.

Même si certains groupes, tout aussi assassins comme les autres veulent faire croire que leurs musiques ne sont que de bonnes partitions salvatrices. Cependant, on sait très bien qu’ils sont trop bien parrainés pour lâcher leurs sponsors et dans de tels conforts, ils créent leur propre noblesse, font leur live sans avoir à s’inquiéter d’aucun signalement.

Que diable ! comme certains n’en finissent plus de débattre sur des choses dépourvues de tout sens juste pour faire l’apologie de la médiocrité, mais ferment leurs yeux sur ce qu’endurent ceux qui vivent dans les quartiers de masse notamment à Martissant dont leurs cris désespérés, leur envie de tout lâcher deviennent leur ombre car, ils sont las de danser sur ce rythme carnavalesque qui ne leur apporte que la mort, le chaos et le désespoir.

Sur ce rythme mortel, ce récital de ratratataw pow pow : la peur, l’angoisse, l’inquiétude sont sans doute les seules notes d’une partition qui ne traînent dans leur sillage que le dégoût.

Quoiqu’on puisse espérer, personne ne saura dire quand cette musique ne sera-t-elle plus en mode dans un un quartier où la sérénité devient un luxe.

Michel Réclus

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