En Haïti tout le monde veut être président, mais personne ne veut être citoyen !

(TripFoumi Enfo) – Être citoyen c’est jouir des droits qui découlent de la nature humaine et sociale de l’homme. Dans toutes les sociétés humaines, depuis que l’action publique a pris le dessus sur les politiques publiques, il revient à l’Etat, au secteur privé et aux institutions locales et internationales de créer ou de favoriser les meilleures conditions de leur exercice. Peut-on parler de citoyen haïtien quand l’on sait que la majorité des Haïtiens ne bénéficie d’un degré de développement qui permettrait leur
intégration dans une société homogène ?
Qu’entend-on par société homogène ? Une société homogène est une société dans laquelle les décideurs politiques permettent à tous les êtres humains de s’élever peu à peu à la pleine participation à la vie politique,
économique et culturelle. C’est-à-dire, reconnaître à tout le monde le droit à la vie, à la dignité, à l’entretien de l’existence, à l’exercice de la religion, à l’intégrité, à l’usage et au déploiement normal de ses capacités, au travail et à ses fruits, à la propriété privée et au bien-être, à séjourner et à circuler, à se marier, avoir des enfants et les élever, à se rassembler avec ses semblables ; le droit de vote, de recevoir une aide de l’Etat pour l’éducation, des secours pour les chômeurs, une allocation
pour les vieux, etc.
En Haïti, bien que la plupart de ces droits fondamentaux soient respectés en théorie, dans la pratique c’est tout le contraire. Bien qu’Haïti ait éradiqué l’esclavage en devenant la première république nègre du monde, cependant la queue du serpent laisse encore sa trace. Il y a à nos jours des Haïtiens en esclavage. Ne pas savoir lire et écrire, être privé des loisirs et des besoins les plus élémentaires, vivre dans un environnement malsain, ne pas pouvoir circuler en toute quiétude, détourner le vote des populations, le phénomène des « restavèk », pour ne citer que ces exemples, sont des situations qui réfèrent à l’esclavage. Pour comble d’infortune, toutes les institutions sociales (CAS, ONA, OFATMA, EPPLS, FAES, IBESR…), politiques (CEP…), économiques (FDI, CFI) et éducatives (MENFP, les écoles publiques et privées) qui devraient améliorer le sort des plus démunis en combattant les inégalités et les injustices sociales et en réduisant l’écart entre les groupes sociaux par la voie d’une éducation appropriée sont galvaudées et enrichissent quelques ministres et directeurs généraux prévaricateurs. Dans le rapport entre l’Etat et l’Haïtien de la classe moyenne et la classe populaire, c’est le mépris qui s’y dégage.
Qu’en est-il du rapport entre les classes sociales haïtiennes et Haïti ? Avant tout, qu’est-ce que « être haïtien » ? Dans son ouvrage politique et philosophique intitulé : ‘’Haïti, repenser la citoyenneté’’, Lyonel Trouillot (2001) n’a fait que dépeindre lugubrement la réalité de l’homme haïtien. Il n’a fait que fustiger le règne de l’individualité (Lenouvelliste, 2018). Avance-t-il : « Être Haïtien c’est de plus en plus se construire seul, se définir sans ressemblance ni solidarité. D’une
certaine façon, être haïtien, c’est ne pas l’être ; refuser le partage d’une condition ou d’une identité : « Tu n’es pas mon égal et je ne serai pas ton semblable ». Si l’on va au-delà de sa pensée, l’on peut même conclure que ‘’l’homme haïtien n’existe pas’’.
En guise de réponse à la question du rapport entre les classes sociales et Haïti, le romancier Trouillot l’a décrit ainsi : « La citoyenneté, l’Haïtien ne connaît pas ! Il suffit de voir comment votre meilleur ami traite son personnel domestique, d’avoir une sœur ou une cousine qui ne commettra pas l’erreur
d’accoucher en Haïti et part chercher le ‘’jus soli’’ pour sa progéniture. Ou d’entendre la voix de la dame qui appelle un jour le directeur de programmation de la télévision d’Etat pour formuler ses
doléances : « Voici que la télévision par ondes diffuse les mêmes émissions que la télé par câble. Les voyous du quartier verront donc les mêmes films que mon fils ». Poursuit-il, ce n’est pas une
question, c’est un reproche. Elle n’a pas honte, elle est dans son droit. Car des droits, il n’y en a que pour elle et pour son fils. La citoyenneté n’est pas pour les autres. C’est une autre preuve que
l’homme haïtien est à construire.
Du fait d’avoir une société à plusieurs vitesses, du fait qu’une minorité baigne dans l’opulence et une majorité barbote dans la boue immonde et malodorante de la misère, et que cet état de fait persiste depuis plus de deux siècles, la minorité chanceuse et la majorité malchanceuse (qui sont bien sûr un
produit de l’histoire) ne parviennent pas à cohabiter parce que différents par les mœurs et le niveau de développement humain. Cette incapacité de cohabitation se manifeste par le préjugé profondément enraciné chez la minorité chanceuse qui croit que la majorité est encore incapable de participer à une vie sociale de niveau ; la majorité malchanceuse non instruite développe un
ressentiment et une méfiance envers la minorité chanceuse parce qu’elle croit que la minorité chanceuse n’existe que pour l’oppresser, l’exploiter, la détruire. Et à n’importe quel moment tout peut éclater vu que l’Etat est quasiment démissionnaire.
Malgré ce tableau qui fait vraiment froid dans le dos, tous les Haïtiens n’ont qu’un seul rêve : être président d’Haïti, qu’ils soient instruits ou non instruits. Pas étonnant que la sphère politique
haïtienne soit prise en otage par tant d’incultes dans un pays ou l’analphabétisme est pansu. Dans
les sociétés où les gens ont atteint un niveau certain de développement, avant de penser à la plus haute magistrature de l’Etat l’on pense d’abord à la citoyenneté. Car un bon citoyen est plus apte à
devenir un bon président. Tandis qu’en Haïti, les élites haïtiennes donnent l’impression que le pays prendra les rails du développement le jour où l’on construira douze millions de ‘’Palais national’’. À chaque Haïtien son palais.
Pour remédier à cette situation, nous n’avons pas trouvé mieux que la proposition formulée par les évêques quand il fallait combattre l’apartheid en Afrique du Sud. Leur programme avait été résumé en trois mots : sang-froid, amour et justice. Le sang-froid évitera les résolutions de désespoir ou des
mesures spectaculaires, plus nuisibles qu’utiles. L’amour sera le moteur et la lumière de tout, étant entendu qu’il va de pair avec un effort effectif de justice. La justice reconnaîtra le droit des autres et
contribuera à la construction du citoyen.

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