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La fresque en hommage à George Floyd et Adama Traoré, à Stains (Seine-Saint-Denis), lundi 22 juin. Thibault Camus / AP

« Contre le racisme et les violences policières » : la phrase surplombe la fresque rendant hommage au Français Adama Traoré — mort en juillet 2016 après son interpellation par les gendarmes à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise) — et à l’Américain George Floyd — asphyxié lors de son arrestation par un policier blanc le 25 mai à Minneapolis. L’œuvre a été inaugurée place du Colonel-Fabien à Stains (Seine-Saint-Denis) le 18 juin par le maire (PCF) de la commune, Azzédine Taïbi.

Cette fresque, réalisée par un collectif d’artistes locaux et représentant les visages des deux hommes, devenus des symboles, a provoqué l’ire du syndicat policier Alliance. Lequel a demandé, sur sa page Facebook, que « cette phrase soit repeinte ou supprimée car elle stigmatise la police républicaine. »

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Alliance ayant appelé à un rassemblement de protestation au pied de l’œuvre, lundi 22 juin après-midi, le Comité La Vérité pour Adama avait prévu de se réunir également place du Colonel-Fabien pour la protéger. Ce qui a poussé le maire de Stains à contacter le préfet de Seine-Saint-Denis, Georges-François Leclerc, afin de le dissuader d’autoriser le rassemblement des policiers et de « prendre des dispositions afin d’éviter des débordements. »

Le mot « policières » devrait être effacé

Sous un soleil de plomb, près de 200 policiers se sont finalement massés sur le parvis de la préfecture de Seine-Saint-Denis, à Bobigny. La plupart en uniforme et munis de leur arme de service, ils ont attendu en silence pendant qu’une délégation d’Alliance était reçue par M. Leclerc.

« Cette fresque a été inaugurée en grande pompe par un élu de la République, a confié Grégory Goupil, secrétaire général adjoint d’Alliance 93. Il y a un mot de la fresque qu’on veut retirer :policières. C’est une incitation à la haine. On s’étonne que cet élu vienne remettre de l’huile sur le feu et cautionner cette fresque. »

« Cette fresque est la goutte d’eau qui fait déborder le vase : on importe un problème américain alors que ce n’est pas l’apartheid en France, soupirait un policier, présent au rassemblement, et qui a requis l’anonymat. Il y a davantage de suicides de policiers en burn-out que de bavures policières. »

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Au terme de leur entretien avec le préfet, les responsables du syndicat policier ont indiqué que M. Leclerc « a fait part de son indignation au maire de Stains et va le saisir dans quelques jours par écrit pour le mettre en demeure d’effacer le motpolicièresafin d’éviter l’amalgame entre les mots violences, racisme et police. »

« Le préfet est déterminé à faire retirer ce mot », a ajouté Frédéric Lagache, délégué général d’Alliance. Contactée par Le Monde, la préfecture de Seine-Saint-Denis n’a pas donné suite. « La police est là pour réprimander mais aussi pour sauver des vies quelle que soit la couleur de peau de la personne, a insisté, au terme du rassemblement, Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance. Que va maintenant dire le maire de Stains aux policiers ? Va-t-il continuer d’acheter la paix sociale ? »

Pour Assa Traoré, « le syndicat Alliance a peur du peuple »

S’il n’a pas précisé quelle réponse il comptait donner au préfet, l’édile de Stains assure que « cette fresque artistique n’est pas un slogan qui stigmatise la police attachée à la République et ne renvoie pas à une volonté de créer la division et d’attiser la haine. »

« Elle pose la question des violences policières, évoquée au plus haut niveau de l’Etat par le président de la République, permet de mieux comprendre les enjeux et met en lumière le comportement inadmissible de certains policiers. »

Pour sa part, Assa Traoré, la sœur d’Adama, estime que « le syndicat Alliance a peur du peuple. » « Ils n’effaceront ni les visages, ni la phrase, et leur seul moyen d’agir est d’aller pleurer et de faire pression sur le préfet, déclare au Monde la dirigeante du Comité La Vérité pour Adama. Pourquoi la France censure-t-elle ce mot deviolences policièresqui reflète la conduite de certains policiers ? »

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Devant le fond bleu de la fresque, le Comité Adama a réuni plus d’une centaine de personnes lundi. « Personne ne peut faire pression sur M. Taïbi, considère Assa Traoré. Il défend la liberté d’expression artistique. Elle s’applique également aux quartiers populaires. »

Rémi Dupré

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